Me Dodji Apevon, pdt des FDR : «  »Le passé doit nous instruire afin que chaque préoccupation soit abordée en temps utile » »

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1. Me Paul Dodji Apévon, Bonjour ! Qu’êtes vous allé chercher au Burkina Faso ? Mission politique ou d’ordre professionnelle ?

Réponse : Le 26 Novembre 2016 s’est tenu à Lomé, le congrès constitutif des Forces Démocratiques pour la République (F.D.R.).

A cette occasion, nous avons été honorés de compter parmi nos invités de marque un digne et haut responsable de l’Union pour la Renaissance/Parti Sankariste qui, par son intervention hautement appréciée, a rehaussé l’éclat de nos assises.

C’est la marque d’amitié et de fraternité qui unissent nos deux formations politiques, d’abord à travers leurs premiers responsables qui sont, non seulement des avocats défenseurs de la veuve et de l’orphelin, mais aussi des amoureux chevronnés des droits de l’Homme et de l’état de droit. Elle est ensuite l’expression de la solidarité qui doit être une valeur capitale pour les peuples africains en quête de mieux être et partageant, à bien des égards, la même communauté de destin.

J’ai été invité à prendre part au deuxième congrès statutaire de ce parti et c’est avec plaisir que j’ai répondu à l’invitation.

J’ai profité de l’opportunité qui m’a été offerte pour exprimer toute l’admiration du peuple togolais au peuple burkinabè qui a réussi à prendre son destin en main en mettant fin à 27 années d’asservissement et de dictature pour instaurer l’alternance politique, un processus exaltant auquel l’UNIR-PS a été l’un des grands artisans.

Il a été en effet pour moi un devoir moral de saluer le courage, la bravoure, la témérité et surtout le sens du sacrifice de ces jeunes, hommes et femmes, qui n’ont point reculé devant les ennemis du peuple, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas hésité à utiliser toutes les armes de répression à leur disposition pour étouffer les aspirations les plus légitimes d’un peuple en quête de mieux être et qui avait servi au monde entier un bel exemple de sa souveraineté car en effet, le peuple seul est souverain et n’importe quel dirigeant, fût-il un dictateur invétéré, le comprendra tôt ou tard.


2. Me Agboyibo vous soupçonne d’exploiter les réseaux du Car pour nourrir votre parti le FDR. que repondez vous ? Dites-nous quels sont d’ailleurs aujourd’hui vos rapports avec Me Agboyibo, puisque dans un passé récent, vos échanges ont été très durs l’un envers l’autre ?

Réponse : Je ne sais pas d’où vous tirez cette grotesque accusation mais au regard de toutes les affabulations que j’ai entendues depuis quelque temps, je ne suis pas surpris d’apprendre qu’on nous reproche aussi de prendre des contacts à l’intérieur comme à l’extérieur pour partager avec nos interlocuteurs notre vision du Togo de demain. Mais nous nous attendions à ces polémiques inutiles qui n’élèvent pas le débat politique au Togo. C’est pourquoi nous n’allons pas nous attarder sur ces enfantillages car personne ne dispose d’une marque déposée sur un réseau donné et si ceux que je contacte sont déjà la propriété de quelqu’un, ils me l’auraient fait savoir.

Je voudrais préciser pour ce qui concerne la deuxième partie de votre question que tout Togolais soucieux du devenir de notre pays, doit en avoir marre des manipulations permanentes, des calculs politiciens sans fin, des mensonges de tous genres, de la personnalisation outrancière de la lutte politique, de la provocation inacceptable de certains qui se font passer pour des messies sans lesquels le Togo n’a point d’avenir, comme si, même morts, on irait les déterrer pour demander à leurs reliques de nous indiquer ce qu’il y a lieu de faire. Ceux-là oublient qu’il n’y a pas d’homme indispensable sur la terre. Et tant que l’approche politique et les comportements resteront les mêmes, les rapports entre les acteurs politiques en souffriront.

3. Justement, vous avez créé votre propre parti, les FDR. N’est-ce pas une décision par défaut, dépit ou colère du moment où vous étiez contraint de quitter le CAR suite au bras de fer que vous avez engagé avec votre mentor, Me Yaovi Agboyibo ?

Réponse : J’avais décidé de ne plus répondre à ces genres de questions qui nous maintiennent de manière permanente dans le passé alors que nous devons aborder avec sérénité l’avenir pour poser les vraies et angoissantes questions qui préoccupent actuellement nos compatriotes.

Mais, compte tenu de certains propos récents distillés volontairement pour semer la confusion, je voudrais vous préciser que depuis que la crise artificielle a été créée pour m’écarter de la direction du parti afin de permettre au messie de reprendre du service, Dieu, à qui je me confie à chaque instant, m’a permis de rester serein pour ne pas prendre une décision émotive et hâtive. C’est pourquoi j’avais demandé à tous mes amis d’être suffisamment patients pour laisser les comploteurs aller jusqu’au bout de leurs manœuvres. Ils ont franchi le rubicond en mettant en place leur fameux bureau provisoire. Cet acte qui est intervenu dans une atmosphère de mépris et de méchanceté exacerbée nous a confirmé que nous sommes devenus réellement des indésirables. A partir de cet instant, nous n’avons plus d’autre choix que de créer un parti qui réponde mieux à nos aspirations et convictions.

J’entends certains parler de crise de purification mais au regard des faits, c’est aux Togolais de savoir qui s’est purifié de qui.

J’apprends aujourd’hui avec sourire qu’on ne voulait plus de nous parce que nous nous sommes écartés de la ligne du parti pour nous rapprocher de celle des ‘’radicaux’’. Mensonge monstrueux. Je rappelle que c’est aussitôt après notre congrès de 2008 qui m’a porté à la tête du parti que Me Agboyibo, qui a tout fait pour être désigné au cours du même congrès candidat du parti pour l’élection présidentielle de 2010, a lancé son fameux concept du retour de l’ascenseur qui consiste à convaincre l’UFC à le soutenir comme candidat unique de l’opposition. A cet effet, il a fait créer une cellule que je présidais et qui était chargée de cette mission. Sur son insistance, plusieurs rencontres ont eu lieu avec l’UFC sans résultat. Si la ligne du CAR était si inconciliable avec celle de l’UFC comme il le prétend aujourd’hui, pourquoi avait-il voulu un rapprochement avec cette dernière ?

La difficulté de notre lutte vient surtout du fait que certains posent toujours des actes au gré de leurs intérêts. Certains camarades de lutte sont bons aujourd’hui parce qu’ils sont démarchés pour servir des intérêts, mais devenir mauvais du jour au lendemain s’ils n’ont pas répondu aux attentes.

Par ailleurs, comment le président peut-il seul s’éloigner de la ligne du parti alors que l’orientation politique est décidée de manière collégiale avec l’implication de Me Agboyibo lui-même. Et si par hypothèse cela advenait, il est amusant et curieux à la fois d’entendre ânonner sur les médias qu’après 26 années d’existence du parti, il n’y a personne d’autre qui en maîtrise la ligne en dehors du ‘’président fondateur’’. C’est une insulte à la génération montante.

C’est Barack Obama qui disait aux chefs d’états africains que ceux d’entre eux qui s’accrochent au pouvoir, sous le prétexte fallacieux qu’il n’y a personne pour les remplacer, ont lamentablement échoué.

4. En regardant un peu dans le rétroviseur, est-ce que vous ne regrettez pas aujourd’hui les durs échanges par médias interposés avec Me Agboyibo ? Fallait-il régler ainsi le problème, c’est-à-dire au vu et au su du public ?

Réponse : Ce n’est pas moi qui étais le premier à mettre le débat interne sur la place publique. Je n’ai fait que répondre. Mais parlons d’autres choses plus sérieuses s’il vous plait.

5. Pour le Secrétaire général du CAR, Jean Kissi, vous êtes toujours membres du parti, puisque vous n’avez jamais présenté votre démission ?

Réponse : Il s’agit d’une polémique inutile venant de gens en mal de sujets réels de préoccupation. La haine viscérale exprimée avec autant d’énergie sur les médias à propos de ce sujet montre que notre départ fait réellement mal. Sinon, comment comprendre autrement l’attitude de celui dont vous parlez, devenu le grand maître de conférence sur la question, qui continue de distiller sur les médias de l’intérieur que nos candidats seront recalés au cours des compétitions électorales prochaines, comme s’il est le représentant du ministère de l’administration territoriale et de la CENI. Mais tout cela est intoxication vaine, pure baliverne et nous restons sereins, et pour cause.

En règle générale, aucune disposition légale n’oblige celui qui démissionne à le faire par écrit. Et dans notre cas, l’acte posé par tous les anciens militants du CAR en quittant ce parti pour en créer un autre vaut clairement démission. Ils ne peuvent donc annoncer publiquement être les fondateurs d’un nouveau parti politique et être toujours considérés comme militants de l’ancien parti. D’ailleurs l’article 7 de la Charte des partis politiques qui stipule que tout citoyen togolais qui adhère à un parti politique de son choix peut s’en retirer à tout moment, n’a pas précisé qu’il doit le faire par écrit.

Des situations analogues de démission ont existé dans le passé. A titre d’illustration, il convient de rappeler qu’après la promulgation de la Charte des partis politiques en 1991, beaucoup de Togolais, qui étaient des militants du RPT et même parfois de grands responsables de ce parti, ont créé de nouveaux partis politiques et certains en sont des leaders. Personne n’a exigé leur démission du RPT avant d’aller créer leur parti respectif. On se demande d’ailleurs si ceux qui font beaucoup de bruit sur ce sujet sont mandatés par le ministère de l’Administration territoriale.

6. Les FDR se retrouve dans le groupe des six. On parle du rapprochement avec l’ANC de Jean Pierre FABRE. N’est ce pas ce que Me Agboyibo vous reprochait ? Quelles sont les contours du rapprochement FDR ANC ?

Réponse : En examinant la situation politique actuelle de notre pays, nous sommes tous conscients qu’aucun changement véritable n’interviendra si l’opposition ne se réorganise pas. C’est à cet effet que les six partis politiques dont vous faites état se sont regroupés pour proposer à la classe politique, à toutes les organisations de la société civile et à tous les concitoyens, un plaidoyer sur les réformes et sur la décentralisation. Pour atteindre des résultats, ils ont décidé d’échanger avec tous les concernés. Il est donc normal qu’ils rencontrent le chef de fil de l’opposition et le CAP 2015.

Si appartenir à un regroupement de partis politiques pour poser les préoccupations de l’heure, si entreprendre des démarches pour élargir le champ de réflexion sur ces sujets est perçu par certains comme des actes condamnables, c’est leur affaire. Nous sommes suffisamment responsables pour savoir ce qui est bon pour nous et surtout pour le pays.

7. Comment se préparent les Forces Démocratiques pour la République pour les prochaines législatives ? Que pensez vous du quatrième mandat de Faure Gnassingbe ?  

Réponse : Les FDR sont nées il y a seulement deux mois mais ceux qui disent qu’elles sont nées avec des dents, n’ont pas tort. Actuellement, nous sommes dans la phase d’implantation du parti sur toute l’étendue du territoire national. L’engouement que cette opération suscite sur le terrain avec la mobilisation et la détermination de ressources humaines volontaires et de qualité nous donnent beaucoup de confiance. Cela nous laisser présager que c’est avec confiance que nous nous engagerons dans la course pour les élections locales et législatives. Mais nous restons toujours ouverts et attentifs à toutes les stratégies pouvant permettre à l’opposition de maximiser ses chances de gagner.

Pour ce qui concerne la question sur le quatrième mandat du Président actuel, je vous dirai que le passé doit nous instruire afin que chaque préoccupation soit abordée en temps utile. Pour le moment, nous posons le problème des réformes sans faire de fixation sur un probable quatrième mandat, même si cette question devra interpeller plus tard tous ceux désirent ardemment l’alternance.

8. Paul Dodji Apévon, vous êtes avocat de profession et Conseil pour les victimes du crash de Lungi. Bientôt 10 ans que ce drame a coûté la vie à 13 togolais, mais toujours pas d’indemnisation des familles des victimes. Qu’est-ce qui se passe en réalité Me Apévon ?

Réponse : Jusqu’à ce jour, l’indemnisation des familles des victimes dans l’affaire de Lungi a été partielle. Cela est dû au fait qu’après les négociations qui ont abouti au montant forfaitaire à payer par victime, l’Etat de Sierra Léone n’a pas honoré ses engagements. Il met en avant la situation économique difficile que le pays a connue à cause de l’épidémie d’Ebola. Mais avec le concours du gouvernement togolais, je continue à mettre la pression afin que ce dossier soit définitivement bouclé avant le 03 juin prochain, date anniversaire de cette tragédie nationale.

9. Merci
Réponse : C’est moi qui vous remercie pour l’opportunité que vous m’avez offerte pour éclairer nos compatriotes sur certains sujets d’actualités.

Sylvestre K. Béni

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